Histoire

             Un peu d'histoire sur les Protestants d'Offendorf par Claude CONEDERA...      

La vallée supérieure du Rhin fut évangélisée au VIIe-VIIIe siècle par les moines irlandais disciples de Colomban. Remontant de Hollande, ils établirent divers monastères jusqu’en Suisse. Le monastère aujourd’hui disparu de Honau, placé sous la juridiction de l’église de Saint-Pierre le Jeune, a apporté le Christianisme aux différents villages du Ried.

La Réforme du XVIe siècle, introduite à Strasbourg par Matthias Zell dès 1521 puis par Martin Bucer à partir de 1524 allait profondément modifier le paysage religieux en Alsace. On estime qu’en 1530, toute l’Alsace connaissait les idées de la Réforme. Pourtant, le changement dépendait à l’époque plus du choix des princes que de la foi individuelle !

Le 28 mai 1545, un événement considérable se produisit : le Comte de Hanau-Lichtenberg adhérait à la Réforme. Les baillages de Brumath et d’Offendorf appartenaient à la famille des Deux-Ponts (Bitche Zweibrücken) restés fidèles à la foi catholique romaine. Or, en 1570, Philippe V, comte de Hanau-Lichtenberg, épousait Marguerite des Deux-Ponts. Sitôt le mariage célébré, il fut décidé que les 5 baillages d’Alsace du nord dont celui d’Offendorf, passeraient à la Réforme. Le baillage d’Offendorf comprenait en outre les villages de Herrlisheim, de Rohrwiller, de Drusenheim, de Freistett, Memprechsthoffen et Rheinbischoffsheim.

La Guerre de Trente Ans (1618 -1648) a été une catastrophe pour l’Alsace qui n’était plus qu’un champ de ruines. Le Traité de Westphalie y mit fin. La souveraineté du Roi de France sur l’Alsace était reconnue tout en gardant les anciens droits des familles sur leur territoire et leur appartenance au Saint Empire Romain Germanique.

Le génie du Traité de Westphalie était de maintenir le statut tout en rattachant l’Alsace à la France. Or, le règne de Louis XIV bouleversera tout cela. La capitulation de Strasbourg devant les forces royales en 1681 sonnait le glas de la ville libre de l’Empire. Certes, l’acte de capitulation reconnaissait la liberté religieuse.

Mais une série de lois antiprotestantes venait contredire les accords diplomatiques. La Révocation de l’Édit de Nantes, en 1685, interdisait le Protestantisme (la « Religion Prétendument Réformée » chère à Bossuet) en France et donnait l’ordre aux Dragons du Roi de ramener les hérétiques dans le giron de l’Église romaine, car la Force vaut Raison, disait un slogan de l’époque. Le baillage d’Offendorf a été un des rares endroits d’Alsace à connaître les Dragonnades. En 1687, le pasteur d’Offendorf, du nom de Heckel fut emprisonné avant d’être expulsé dans le pays de Bade après 33 ans de ministère à Offendorf ; puis on accabla la population de lourdes corvées. Enfin, on les fit travailler sur les rives du Rhin pour y établir des fortifications. Les troupes allemandes réagirent en canonnant ces ouvrages et leurs ouvriers ; on ne leur permit de quitter ce travail dangereux que lorsqu’ils eurent promis d’abjurer leur foi protestante. C’est ainsi qu’Offendorf redevint catholique.

Les bateliers du XIXe siècle

Au XIXe siècle, Offendorf fut le plus grand village batelier d’Europe. On vint d’Allemagne et de Suisse pour s’y établir. En 1856, on comptait 80 personnes, dont 16 enfants. Elles étaient rattachées d’abord à la paroisse protestante d’Oberhoffen puis à celle de Bischwiller. Les familles voulaient un enseignement religieux pour les enfants. Sous l’impulsion de l’Inspecteur ecclésiastique Lambs de Bischwiller, des démarches furent entreprises en 1856 pour trouver une salle de classe. Elles furent vaines et provoquèrent un conflit violent entre les instituteurs et le curé d’une part, les pasteurs de Bischwiller d’autre part.

C’est pourquoi le pasteur Lambs lança l’idée de la construction d’une maison de prière et de catéchèse (Schul und Gebethaus). Mais à chaque fois qu’une occasion se présentait on vit une inflation soudaine dans le prix de la maison ou du terrain à vendre. Les relations avec la commune n’étaient pas des meilleures. En 1869, le culte est célébré dans la salle de la mairie (ainsi que le catéchisme) mais, écrit le pasteur « nous n’y sommes que tolérés et nos réunions éprouvent des interruptions regrettables ».

C’est pourquoi il convient d’acheter un terrain. Or, précisément, il y a le terrain de l’ancien relais de poste « Zum Ochsen ». L’acte de vente est daté du 11 mai 1870 pour un montant de 1 572,15 F. La guerre franco-allemande de 1870-71 et l’annexion de l’Alsace-Moselle au Reich ralentirent les démarches. L’achat est confirmé par le Directoire en 1873. Il faudra encore attendre cinq ans pour la construction de l’actuelle chapelle.

On raconte que les paroissiens d’Offendorf ont attelé leurs chevaux et leurs bœufs pour chercher les blocs de grès à Rotbach et les briques à Soufflenheim. S’il fallait une journée pour y aller, il en fallait deux pour le retour. Finalement la chapelle a été inaugurée le 26 décembre 1878 ainsi qu’en témoigne le service de Sainte Cène.

Le XXe siècle...

Il y avait une chapelle, mais le pasteur devait toujours venir le jeudi, à cheval ou en bicyclette de Bischwiller, embarquant sur son passage les rares enfants protestants de Herrlisheim. Offendorf devenait le centre de la vie paroissiale protestante. C’est pourquoi on établit un cimetière protestant rue du Hochweg. En service jusque dans les années 90, le site est marqué aujourd’hui par une stèle du souvenir. La chapelle a traversé les graves événements de la 2e guerre et en particulier la contre-offensive de janvier 45. Touchée par un obus, elle a été rénovée et inaugurée le dimanche 18 mai 1956. Elle est aujourd’hui un des plus anciens bâtiments d’Offendorf.

L’après-guerre entraîna des changements sociologiques importants en Alsace. À partir des années 60, des quartiers entiers de Strasbourg-centre furent rénovés : beaucoup de gens quittèrent la ville pour s’installer dans les villages limitrophes. D’autre part, l’industrialisation de la vallée rhénane attira des gens vers Strasbourg, dépeuplant les campagnes. Le nombre de protestants grandit dans les villages. Le pasteur Frantz, en poste à Rountzenheim, s’occupa à partir de 1964 d’Offendorf et des communes environnantes. Les enfants prenaient alors un bus pour suivre le catéchisme. Il devenait urgent de créer un poste pastoral. Avec le soutien du sénateur Kistler et du député Sprauer, ce poste fut créé en 1972 (il fallait un accord de l’Assemblée Nationale du fait du Concordat de 1801). Le premier pasteur, Gérard Krieger, fut nommé en 1974. À la diaspora du XIXe siècle, qui regroupait Offendorf, Herrlisheim, Gambsheim et Kilstett, fut rajoutée Drusenheim, détachée de la paroisse de Sessenheim, et La Wantzenau, détachée de la paroisse de Bischheim. La nouvelle paroisse du Ried-Nord comptait 800 paroissiens.

La paroisse aujourd’hui...

Le mouvement commencé à partir des années 1960-70 n’a pas cessé. Les villages rhénans ne cessent de grandir du fait de leur proximité de Strasbourg, du pont pour les communications avec l’Allemagne, et de leur charme bien sûr ! La paroisse a quasiment doublé depuis 10 ans. On dénombre 1580 paroissiens aujourd’hui, dont 148 à Offendorf, soit 8 % de la population... Pourtant les objectifs demeurent les mêmes qu’au XIXe siècle lorsqu’il a fallu construire une chapelle : former la jeunesse, rassembler les Protestants et favoriser la communication par la diffusion de journal «Le Roseau ».

En 1976, un premier foyer est construit. Il s’agit d’une baraque d’école rachetée au Franc symbolique, édifiée sur le terrain paroissial et entretenue par de nombreux bénévoles. Grâce à ce foyer, la paroisse dispose enfin d’un centre pour la vie religieuse et culturelle. En 1998, le Conseil Presbytéral était placé devant un choix du fait du manque de sécurité : soit fermer le foyer et ne plus disposer d’un centre communautaire, soit se lancer dans la construction d’un nouveau centre. Grâce à l’appui des 6 communes regroupées en SIVU, nous disposons maintenant d’un équipement moderne qui nous permettra de continuer notre mission essentielle : annoncer l’Évangile de Jésus-Christ.                  

Les pasteurs d’Offendorf...                                                                                                                         

1570-1573

BETULANUS (Bückel) Johan

1573-1577

GORGENBACH Anastasius

1577-1621

FRÜGAUF Johannes

1621-1635

FABRICIUS Christophorus

    ?   -1633

SCHALLER Johann Jakob (Vikar)

1635-1638

ECKEL Kaspar
1635-1646 HARTMANN Johann Heinrich

1646-1648

TIMÄUS Johann

1648-1655

MOSCHEROSCH Quirinius

1655-1659

TIMÄUS Johann

1660-1687

HECKEL Johann Jakob

1974-1982

KRIEGER Gérard

1982-1994

BAUER Henri

1994 à ce jour

CONEDERA Claude



 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

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